À l’été 1949, Robert Rauschenberg et Susan Weil explorent ensemble, presque par jeu, le procédé du cyanotype dans la maison familiale de Weil, dans le Connecticut. En exposant au soleil des feuilles sensibles sur lesquelles ils disposent objets et corps, ils font émerger des silhouettes profondes, d’un bleu intense, à la fois fragiles et spectrales. Ce geste expérimental marque le point de départ d’une série d’œuvres puissantes, à la croisée de la photographie, de la performance et du dessin.
The Blueprints, 1950 rassemble aujourd’hui l’ensemble de ces créations collaboratives issues de cette période brève mais décisive. Au-delà de leur importance dans l’histoire de l’art et de la photographie, ces images racontent aussi une relation : celle de deux jeunes artistes dont la complicité créative se déploie entre New York, Paris et Outer Island, avant de se transformer avec le temps.
L’ouvrage propose également un regard critique sur l’effacement progressif de Susan Weil dans le récit dominant de l’histoire de l’art. Trop souvent reléguée au second plan, son rôle apparaît ici central, à l’origine même des expérimentations qui influenceront durablement la pratique de Rauschenberg. À travers des photographies inédites de Wallace Kirkland et un entretien avec la critique Lou Stoppard, le livre réhabilite une voix et redonne toute sa place à une artiste longtemps invisibilisée.
Pensé comme un objet intime, le livre lui-même prolonge l’expérience sensible des œuvres : reliure en toile imprimée, nuances rappelant les bleus du cyanotype, bandeau évoquant le passage du temps et l’altération de la lumière. Une petite merveille d’édition!
Disponible chez Stanley/Barker — une publication soignée qui célèbre à la fois un moment clé de l’histoire artistique et la redécouverte d’une figure essentielle.