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Les 5, 6 et 7 juin dernier le Palais de Tokyo présentait sa 8e édition du Paris Ass Book Fair ; une grande foire aux livres dédiée à l’édition indépendante sous toutes ses formes : livres, magazines, fanzines, livres d’artistes, multiples. Au programme : cent cinq stands réunissant artistes, éditeurs, librairies et zinester de Los Angeles à Taiwan, en passant par Rennes. Ce Book Fair était l’occasion pour moi de partir à la rencontre des exposants et de découvrir des nouveautés. Si le Palais de Tokyo a initié ce Book Fair il y a huit ans, c’est avant tout pour faire valoir l’édition comme un médium à part entière en valorisant les différents supports. Puisqu’ici nous adorons la photographie, je vais vous présenter trois maisons d’édition qui ont retenu mon attention.

Le livre d’artiste est un sujet qui m’intéresse depuis plusieurs années, la porte d’entrée ayant été « Twenty-Six Gazoline Stations » d’Edward Ruscha, en 1963. Si je parle de Ruscha c’est parce que son héritage du livre d’artiste est toujours présent dans l’art contemporain. Dans « Twenty-Six Gazoline Stations » Ruscha expose de manière factuelle une série de stations-services entre Los Angeles et Oklahoma City. La galerie Florence Loewy présentait donc au Palais de Tokyo une série de multiples et de livres d’artistes qui ont attiré mon attention dans ce sens.
On retiendra le « Twenty-Six Abandoned Gasoline Stations » d’Eric Tabuchi présenté sous la forme de cartes postales grand format de photographies de stations-services abandonnées en France, réalisées entre 2002 et 2008 et tirées à cinq cents exemplaires. Ici, non sans ironie, Eric Tabuchi convoque la série de Ruscha et la confronte au monde moderne, où les stations-services semblent désormais désuètes. Toujours chez Florence Loewy on retrouvera le titre « Various Small Sparks » d’Anne-Valérie Gasc, publié en 2014, édition brochée sous une jaquette transparente comme on peut le voir aussi chez Ruscha. Florence Loewy est à la fois une galerie et maison d’édition, ayant un catalogue assez riche de titres, je vous conseille d’y faire un tour afin de dénicher le livre d’artiste qui vous correspond.

Twenty-Six Abandoned Gasoline Stations » d'Eric Tabuchi

Je suis ensuite partie à la rencontre de Four Eyes Editions, une maison d’édition consacrée à la photographie et fondée en 2023 par Yegan Mazandarani (ancien éditeur chez Magnum) et William Keo (qui est passé par Magnum également). Les titres qu’ils publient sont à la croisée du documentaire, de l’intime et de la poésie. Le livre est pensé comme un objet à part entière, ce qui rend chaque édition unique. Mon attention s’est portée sur « Le Retour » de Roxanne Cassehgari. Il s’agit de son premier projet photographique où elle raconte par les images son retour en Iran après vingt ans d’absence. Elle renoue avec sa famille, ses proches, les lieux qu’elle a connus et nous dévoile dans un petit format un récit personnel. Le livre prend la forme d’un passeport (par la conception de la couverture et des pages) et se lit comme un journal intime.

Un autre titre a attiré notre attention, celui de Teresa Freitas, « Flower(s) — Vol. 1 (I wonder whose skin this crimson flower will touch). Ce titre est le début d’une série consacrée aux fleurs et imaginée par l’artiste (un pays + une fleur = un livre édité de la couleur de la fleur éclose). Ici, Teresa Freitas nous fait découvrir la fleur carthame des teinturiers dans la région de Yamagata au Japon. Ses photographies, empreintes de poésie nous emmènent à la découverte des métiers qui existent autour de cette plante. Il faut savoir également que chaque livre est parfumé. En effet, Four Eyes a co-créé un parfum avec Flair Paris à partir de la fleur sélectionnée. L’ouvrage nous transporte alors dans un voyage olfactif et visuel.

Je terminerais par mon coup de cœur du Book Fair, les éditions Mother, basées à Malakoff et fondées en 2021 par Hugo Lefilleul et Emeline Martin. Ils conçoivent leurs éditions comme des livres d’images photographiques, pour eux le médium éditorial est pensé comme une pratique artistique à part entière, au-delà des conventions traditionnelles. Les thèmes choisis s’orientent autour du quotidien et de l’observation des regards singuliers. Mon attention s’est portée sur le titre d’Eva Barbier « Los Angeles 2018 » où elle nous présente un récit de la Californie à travers un paysage baigné de couleurs acidulées. On retrouve d’ailleurs cette édition sur le site de Florence Loewy.
En échangeant avec Hugo Lefilleul j’ai pu constater que sa pratique photographique se rapprochait de la mienne, utiliser la voiture comme outil photographique. Il m’a présenté deux de ses éditions « La route des chats, du rat et du chien » et « Trizac, village de montagne ». Entre 2017 et 2019 Hugo Lefilleul a parcouru les routes dans la région du Cantal et a réalisé une série de photographies depuis l’intérieur de sa voiture « une Twingo lancée au crépuscule ». Ici les images sont présentées en noir et blanc, la végétation foisonnante et la vitesse que l’on distingue par des prises de vues floues, nous entrainent dans un voyage pittoresque nocturne. Les images qui composent « La route des chats, du rat et du chien » ont été réalisées entre 2019 et 2022, mais cette fois-ci l’ensemble est en couleur. Le format de l’édition permet de déployer une ou deux images en format plus large et le pliage permet de recomposer de nouvelles images. Dans un sens nous nous créons notre propre voyage. M.G